Mai 68 et la révolte Insalienne

 Article publié originellement en une dans le numéro 169 sorti en Avril 2018. Profitez de l’été pour le redécouvrir !

Un directeur Insalien en tête de manif, des étudiants ingénieurs qui s’investissent politiquement, des gauchistes sur le campus ?! Voilà 50 ans, se déroulait la mobilisation sociale française la plus importante des dernières décennies, arrachant au passage de nombreux acquis sociaux, dont nous jouissons tous de nos jours.

Pourquoi et comment un mouvement étudiant et un mouvement ouvrier, tous deux d’ampleur exceptionnelle, ont-ils émergé, engendrant la plus grande grève du XXe siècle français ? Dans un nombrilisme assumé, on fournira également quelques éléments croustillants de la vie politique insalienne de l’époque.

Pour comprendre Mai 68, essayons d’abord de poser le contexte. La révolte s’est développée dans un climat de rigidité politique : le général De Gaulle était au pouvoir depuis dix ans, et l’ORTF, média d’État détenant le monopole de l’audiovisuel, symbolise la propagande du pouvoir. Cela nourrit alors un certain ras-le-bol, traduit dans le slogan : “Dix ans, ça suffit !”.

Économiquement, le pays est au plus haut, du moins selon la vision dominante : c’est l’apogée des Trente Glorieuses et la société de consommation s’installe dans les modes de vie et les esprits. On voit cependant apparaître certains signes de détériorations sociales avec, entre autres, un chômage qui se pointe chez les jeunes, une baisse des salaires et, dans un certain écho avec l’actualité politique, l’idée de sélection à l’université est avancée par le gouvernement.

À cette époque, la jeunesse se revendique en tant que classe sociale à part entière, avec sa propre culture, sa vision, ses aspirations et ses libertés, notamment sexuelle. En un mot, elle réclame son émancipation, dans un monde infantilisant et paternaliste. Un tract circulant à l’Insa datant de novembre 67 rend compte de ce sentiment (voir site). Parmi les problèmes cités, on retrouve le contrôle de la sexualité des Insaliens par une rigoureuse non-mixité, l’isolement social et culturel, ainsi que le formatage au système industriel :

 

“Il est tout naturel, n’est-ce pas, que l’administration profite de l’isolement du campus pour mettre la main sur la vie culturelle de l’insalien ; ainsi, on façonnera un bon petit ingénieur modèle, qui s’abstiendra de remettre en question quoi que ce soit durant sa scolarité et qui, une fois dans l’industrie, défendra les positions “justes” qu’on lui aura indiquées dans son école.”

 

À ces considérations se mêlent l’influence de groupes militants divers (anarchistes, trotskistes, chrétiens de gauche, etc.), inspirés notamment par les luttes internationales de l’époque (par exemple, le mouvement d’émancipation des Noirs américains et l’action de Che Guevara, icône révolutionnaire) et opposés à l’action américaine lors de la guerre du Viêt Nam. Ces groupes sont les principaux protagonistes du Mouvement du 22 mars, qui consiste en une occupation de bâtiments administratifs et qui annonce les événements de Mai 68.

Quels événements étudiants ont engendré l‘embrasement social, en France et à Lyon ? Parmi un ensemble de points de friction, un élément notable est l’évacuation par la police des étudiants de la Sorbonne, le 3 mai 1968. Les étudiants sont choqués de voir les policiers infiltrer leur université, une manifestation spontanée se forme alors dans le quartier, puis des violences éclatent entre forces de l’ordre et passants.

Le 5 mai, un appel à la grève est lancé, qui sera suivi à 80% par les élèves de l’Insa, et des facultés de Sciences et de Lettres de Lyon. Les Insaliens sont alors initiateurs des mouvements étudiants à Lyon. Le 11 mai, ces derniers bloquent la faculté de droit et tiennent des meetings dans leur amphithéâtre. Puis, une manifestation d’un millier de personnes traverse Lyon depuis la Doua. Fait improbable, le cortège est conduit par Marcel Bonvalent, alors directeur de l’Insa Lyon ! On se pose alors la question : peut-être verra-t-on bientôt Éric Maurincomme en tête de cortège d’une manifestation anti-Idex ?

Tout cela n’est donc qu’un aperçu des mouvements étudiants, eux-mêmes représentant une fraction de Mai 68. Sachez seulement qu’à partir du 13 mai, la révolte s’amplifie considérablement avec l’entrée en force du corps des travailleurs. Une grève nationale est lancée et va paralyser le pays en seulement quelques jours. On laisse aussi au lecteur la liberté de découvrir comment le gouvernement en place sera affecté et tentera de réagir aux contestations.

L’idéal collectif révolutionnaire de Mai 68 nous semble aujourd’hui bien loin, mais la révolte qu’il a porté a profondément influencé notre société et son système de valeurs. 50 ans après, c’est l’occasion de se replonger dans cette période déterminante de l’histoire moderne, et ainsi remettre en perspective nos propres revendications, nos luttes et nos espoirs.

Camille

 

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